Il y a des rencontres toutes aussi éphémères qu’elles vous marquent à jamais. J’ai rencontré un homme dans le désert… Une version de moi avancée d’une trentaine d’années d’expérience supplémentaire. Une version de moi dis-je, car il m’a appris à jouer sur les mots. Une de ses devises ? I AM HUMAN, dont la définition est I AM YOU MAN. Il n’a pas fait d’études cloitré dans un amphi avec une bande d’immatures mollassons, il a simplement fait le tour du monde. Il se l’ai payé en écharnant ses mains, en réparant ou construisant des maisons. Il a ouvert les yeux, il a accepté de voir, de chercher, d’interpréter les signes, sans se laisser distraire.

Une âme de voyageur, exilée d’Argentine, « résidente » en Israël, qui peuple les terres du monde de ses pas. Son entreprise n’est pas de fuir, bien au contraire… Il est révolté. Révolté par ce que les touristes ont fait de la terre sacrée des Huitcholes. Révolté parce que tout ce que t’achète dans la rue au Mexique est servit dans du polystyrène. Révolté de la triste situation politique en Israël, et partout ailleurs… Révolté de finir au poste lorsque qu’il joue de sa « liberté d’expression » dans les manifestations. La rage qui habite son cœur ne lui permettrait jamais de se résigner. Seulement, quand après 50 ans de tentative de changer les choses depuis l’intérieur, on réalise que le seul gain que l’on nous accorde c’est une privation de liberté, on s’adapte, on sort du cirque et on voit les outils dont on dispose au dehors pour le démonter.
Le problème premier, c’est que l’on n’a qu’une vie. On peut choisir de la bousiller en la protégeant avec de stupides illusions de sécurité financière, d’abondance matérielle, de liens familiaux « solides » et continuer de rêver à mieux quand on arrive à prendre le temps de regarder par la fenêtre, à croire qu’on peut changer les choses alors qu’on n’est même pas capable de faire sans son pseudo confort. On pourra toujours se pointer à quelques manifestations si les politiques nous jouent des tours, veulent nous réduire notre temps de congés et nous supprimer une partie de nos possibilité de dépenser notre argent durement gagné dans l’année dans un camping à l’entrée des bois. Mais…. ON N’A QU’UNE VIE. Ce serait triste de la passer entre quatre murs sans pouvoir communier librement avec la beauté de la vie alentour. Ce charpentier-là à louer une chambre à Real de Catorce, mais il a passé la sous les étoiles, à jouer de la flute et à m’enseigner ce que le chemin lui a appris. Il y a peu d’esprits qui ont la sagesse de reconstruire après tout avoir détruit par la critique.
Sa solution est la Démocratisation du Savoir. Tu me diras, cela te fait un effet de déjà entendu, mais… Ok, environ 130 pays (ou plus ?) sur 200 sont considérés comme démocratie. L’accès à l’éducation se massifie bien que près d’un cinquième de la population adulte mondiale reste analphabète (2000-2006, UNESCO). Seulement voilà, on a beau avoir accès à l’éducation, elle ne nous fait pas libres, elle nous met peut être plus de barrières qu’elle nous en enlève par le fait de nous vouloir techniciens spécialisés, familier au langage informatique et anglais pour rendre toujours plus intelligente et puissante l’industrie mondiale. La tête dans le trou ! La priorité de l’efficacité piétine celle du bonheur en déréglant les rythmes naturels, en supprimant les temps de méditation. En acceptant de devenir robot, nous perdons nos possibilités de réalisation en tant qu’être humain comme partie intégrante du cycle de la vie. Pire, on se concentre sur les tâches assignées, sans être capable de s’en défaire pour voir que notre voisin aussi meurt d’ennui, ne sait plus qui il est, dans quel monde il vit, ce qu’il veut…
Voilà le second problème, on ne sait plus qui l’on est puisque on nous ferme les portes pour nous trouver. Désolée amis positivistes, mais le savoir ne se réduit pas à l’informatique et à l’anglais. C’est un réel lavage de cerveau, ces deux langages nous enferme dans une manière de pensée artificielement homogène, inappropriée à notre contexte, nous prive de catégories nouvelles, de liberté d’interpretation et d’action. Bien sûr, on peut innover depuis cette base, mais notre imagination s’en retrouve grandement réduite ! D’autant plus que nous pourrions faire tous les efforts du monde, l’érudition n’existe pas, la mémoire nous fait défaut. Cependant, la Démocratisation du Savoir nous ouvre des portes. Einstein disait, que nous sommes tous des ignorants, qui ignorons des choses différentes. L’ignorance est réducteur, et même… dangereuse, l’inconnu hérite trop de fois de non-respect, d’intolérance, de jalousie voire de haine. Se familiarisé avec le savoir – de tout type – c’est comprendre enfin que nous ne sommes les mêmes, dotés de capacité similaires mais que nous dédions notre temps à développer des aptitudes différentes. C’est apprendre à s’écouter, à s’intéresser, à partager et à s’entre-aider. C’est nous permettre de mieux comprendre le fonctionnement du monde dans sa globalité : je ne sais pas vous mais moi, quand je regarde Google Map zoomé à fond, je ne sais pas trop où je suis, j’ai besoin de prendre du recul pour localiser les autres pays pour me repérer relativement à eux. Ainsi pourrions-nous reconstruire nos valeurs, notre identité, dans le regard de l’autre, dans la connaissance de ce qui nous entoure.
Le changement ne viendra pas d’en haut, même si nous nous infiltrons – nous y laisserions notre âme à tricher pour monter là haut. Le savoir est une arme contre la manipulation, ET LE SAVOIR N’EST PAS LE PROPRE DES MANIPULATEURS (ajouterais-je même avec arrogance, LOIN DE LA) ! Le changement viendra de l’intelligence civile, de sa capacité à abandonner quelques heures qu’elle dédit normalement au profit financier individualiste, à l’échange de savoir. Le changement viendra de l’espace public dont il faudra se réapproprier pour s’enseigner des solutions alternatives à travers des ateliers, des discutions, des jeux, du troc. Devenons pragmatiques et arrêtons de faire des théories fumeuses pour justifier notre léthargie. La politique n’est qu’une lutte sordide pour accéder au pouvoir, pour maintenir des intérêts exclusifs, légitimée par des diplômes et la force armée, elle est tout sauf démocratique, n’attendons pas qu’elle nous enseigne la liberté. Prenons –la. Car si nous sommes esclaves c’est que nous voulons bien nous laisser corrompre.